Racines anthroponymiques M

Peuples et linguistique germaniques antiques

Peuples et linguistique germaniques antiques
Racines anthroponymiques - M




A B D E F G H I J K L M N O P R S T þ U W




MAGIN- (Force)

MAHAL- (Serment, promesse, assemblé)
Le terme se retrouve en allemand moderne dans les termes gemahl/gemahlin (époux/épouse), mahlschatz (don lors des fiançailles) ou mahlstatt (lieu où se décide le mariage), les deux derniers étant issus d'un ancien mahl (négociation, promesse). Il s'agit d'un ancien germanique *maþla-/maþlaz (promesse, négociation, assemblé) avec passage ancien de þl à hl (cf. vieil haut allemand et vieux saxon mahal). Le terme germanique est attesté par le gotique maþl, le vieux norrois mál ou le vieil anglais mæđel.

-MAN (Homme)

-MAR- (Célèbre, renommé, illustre)
Il s'agit de l'adjectif germanique *mærja- (célèbre) que l'on retrouve dans le composé gotique wailamereis (digne de louanges), le vieux norrois mærr, le vieil haut allemand māri ou le vieil anglais mære. Il s'agit d'un emprunt aux langues celtiques où le terme a le sens de "grand" (vieux celtique continental : maros).

MARK- (Frontière, marche)
Encore un terme assez transparent concernant sa signification. Il s'agit du germanique *mark(ō) (pays de la frontière) qui a également essaimé dans les langues romanes (français : marche, marquis...). Il s'agit d'un développement d'une racine indo-européenne mereg (partager) avec le sens de "frontière/limite". On pensera en particulier au latin margo (bordure) -> français marge.

MAT, MED-
Voilà une racine qui mérite qu'on s'y attarde. Elle représente, c'est assez probable, un seul est unique thème dans les anthroponymes Mathilde, Médard et Médéric (Merry). Deux étymons ont été proposés pour les expliquer. Nous ne sommes pas d'accord avec ces propositions, mais n'ayant pas d'alternative absolument sûre à avancer à leur encontre, nous les présenterons néanmoins. Il s'agit des germaniques maht (pouvoir, force) et mōþa (esprit, courage, colère). Mathilde est quasi-systématiquement expliquée par maht. Médéric et Médard sont eux expliqués alternativement par maht ou mōþa, souvent suivant l'humeur d'auteurs pas toujours spécialistes.
Commençons par éliminer l'hypothèse d'un étymon mōþa. Elle n'est d'un point de vue linguistique pas recevable. Si Médéric et Médard étaient formés sur mōþa, on aurait alors obtenu des formes en [u] ou en [o], et certainement pas des formes en [e]. L'étude des vocalismes dans les langues indo-européennes n'a rien à voir avec l'étude de ces phonèmes dans les langues sémitiques. Ceux-ci suivent des règles. Qui plus est, si mōþa a servi à former des anthroponymes germaniques, cela n'est vrai que comme second élément, de manière tardive, et en milieu tudesque (Hartmut, Helmut...).
Passons maintenant au cas de la racine *mah-ti. Cette hypothèse est déjà beaucoup plus recevable que celle précédemment évoquée. Elle pose néanmoins de sérieux problèmes linguistiques. Où est donc passé le [h] ? Celui n'a rien à voir avec la lettre [h], ayant perdu toute sonorité, telle que nous la connaissons aujourd'hui en français. Il s'agit d'une fricative glottale sourde qui était prononcée et qui n'avait aucune raison de disparaître. Elle est d'ailleurs toujours là, après évolution linguistique, dans les termes anglais might, allemand macht ou islandais (avec gémination) máttur. Nous nous trouvons néanmoins dans le domaine de l'anthroponymie, qui est conservateur, et accepte davantage les exceptions que le reste de la langue. Une fixation plus importante dans les langues romanes du prénom (popularisé par une sainte franque/saxonne), puis une redifusion à partir de là pourrait expliquer les formes Mathilde plutôt que des formes Mactilde ou Magtilde a priori non attestées. On a le cas avec la racine berht (anglais bright, répendue originellement dans tout le monde germanique westique, mais probablement fixée définitivement sous une forme romanno-franque bert et diffusé telle quelle, exceptée dans les parlers apparentés au vieil haut allemand où l'on a toujours des formes brecht/precht (Rupprecht). Cela reste néanmoins fort étonnant et dans le cas berht, on a à faire à un [h] inter-consonantique. On a d'autres exemples de racines germaniques contenant un [h] à la suite d'un vocalisme, et celui n'a pas disparu. Par exemple drauht (Personnage de Droctogisèle chez Grégoire de Tours) ou Plectrude. Bref, l'hypothèse *mah-ti n'est pas à rejeter, mais elle pose quand même de sérieux problèmes, en particulier dans les cas Médéric et Médard.
On se permettra donc d'avancer une autre explication, qui surprendra peut-être au début, mais qui paraît la meilleur. Il s'agit du germanique *medu (hydromel), aujourd'hui représenté par l'allemand met, l'anglais mead, le vieux norrois mjođr , etc... Il correspond au latin medus (vin de miel), au vieux celtique continental medu (hydromel, ivresse) et à tout un tas de termes issues de *medhu dans les langues indo-européennes. Ce qui est intéressant, c'est que la connotation "ivresse" y est largement attachée, cf. l'existence de déesses de l'ivresse chez les Irlandais Medb et les Indiens Mādhavī dont le nom est basé sur *medhu. On le sait, l'hydromel était la boisson alcoolisée sacrée des peuples de langue indo-européenne. Chez les Germains on pensera au mythe de Kvasir. La racine a servi à créer des anthroponymes chez les Celtes. Chez les Germains, elle pourrait expliquer Mathilde, Médard et Médéric. Dans le premier cas, le vocalisme n'est pas satisfaisant, néanmoins la signification est intéressante : "ivresse du combat". Dans les deux autres cas, phonétiquement *medu passe bien mieux que *mah-ti. Médard serait "celui qui est fortifié par l'hydromel". Le nom qui est prêté à son père n'est par ailleurs peut-être pas innoncent puisqu'il se prénomme Nectardus. Il est donné pour franc, ce qui n'est peut-être pas vrai, nous ne connaissons pas de racine *nect/neht. Il pourrait s'agir d'un gallo-romain Nectarius (la mère de Médard l'est), donné pour franc postérieurement pour des raisons politiques, au nom duquel on a légérement modifié la dernière syllabe pour faire plus germanique et pour sonner comme Médard. Dans le cas de Médéric, on comprendra le nom comme "puissant par l'hydromel", ou "le puissant qui a de l'hydromel" (sous-entendu : le puissant qui a les moyens d'organiser des banquets). Rappelons que le premier Médéric était un roitelet alaman.

-MUND- (Protection, tutelle)
Ce substantif est issu du germanique *mundō (main, protection) que l'on retrouve en vieil haut allemand munt (protection) ou en vieil anglais mund (main, protection). Il s'agit d'une forme connexe avec dentale d'une racine *mən ayant le sens de "main". Le sens "protection" doit être compris comme "sous la main de". On compara volontiers avec le latin manus (main), mais aussi avec le moyen irlandais muntar (famille) ou le grec márē (racine *mər).