Peuples et linguistique germaniques antiques

Peuples et linguistique germaniques antiques
Racines anthroponymiques - A




A B D E F G H I J K L M N O P R S T þ U W




ADAL- (Noble, de haute lignée)

S’emploi toujours en tant que premier élément des composés. Terme fréquent de l’anthroponymie germanique, notamment en westique (francique, anglo-saxon, saxon), mais également en gotique. Il ne semble en revanche pas avoir été utilisé en vieux norrois. Il s’agit, selon les cas, d’un substantif issu du germanique commun *aþala- (noble) ou d’un adjectif issu du dérivé *aþalja. Le gotique présente également une forme aþans dans Aþanareiks (Athanaric) ou Aþanagilds (Athanagild). Les formes simples types æþ-, æl- (anglo-saxon), al- ou aþa- (gotique) sont courantes. En westique les formes classiques sont adal- et æþel- (anglo-saxon).
Voire *Aþala- dans le lexique.

Exemples : Adalbert/Æþelberht/Albert, Aþaulf/Adolf, Aþalareiks, Aldegonde, peut-être Alphonse, etc…
 

AG- (Epée)

S’emploi toujours en tant que premier élément des composés. Terme assez fréquent, sauf dans le domaine nordique.
Voire *Agjō- dans le lexique.

Exemples : Eckhardt/Ekkehard, Achiulf, Agila, etc…
 

AGIL- (?)

Terme d'origine indéterminée postulé par les noms propres Agilmund (roi mythique des Lombards) et Agilulf (d'où la dynastie des Agilolfings). Il s'agit probablement d'une corruption sur AG ou ANGIL.
 

AL- (Tout)

Premier élément de composés qui semble avoir surtout été utilisé chez les Goths : rois Alaric, prince wisigoth Alaviv (dont Alaric Ier pourrait être le fils), général Alaþeus. Un prince suève porta également le nom d’Alaric et un roi lombard se prénommait Alahis/Alagis (bien qu’il puisse s’agir dans ce dernier cas d’une corruption). La racine ne semble pas avoir été utilisée chez les autres peuples germaniques.
Voire *Alna-, *Ala- dans le lexique.
 

ALB- (Elfe)

N’est pas rare en tant que premier élément de composé et se rencontre chez tous les peuples germains.
Voire *Albi-, *Alba- dans le lexique.

Exemples : Ælfrǣd/Alfred, Albéric/Aubry, Alboin (roi des Lombards), Alboflède (sœur de Clovis), etc…
 

AMAL- (Membre de la famille royale gotique des Amales)

Elément dont le sens originel est inconnu (courageux, brave ?). Il est lié á la famille royale gotique des Amales dont le rayonnement fut important et dont l’ancêtre mythique, qui n’a probablement jamais existé, porta ce nom. A l’origine les individus dont le nom contient cet élément étaient liés à cette famille.

Exemples : Amalaric/Amaury, Amalafreda (sœur de Theodoric le grand, femme du roi vandale Thrasamund), Amalaberga (fille d’Amalafreda et de Thrasamund, femme du Thuringien Hermanafried), Amalfrid (fils d’Amalaberga et de Hermanafried), Amalasonthe (fille de Theodoric le grand), Amalgaire (duc du palais de Dagobert Ier), Amalbert (noble franc), etc…
 

ANS/OS/AS- (Ase, membre de la famille divine des Ases)

Uniquement en tant que premier élément de composés. Se retrouve sous la forme ás- chez les Germains du nord, sous la forme ōs- chez les Anglo-saxons et sous la forme ans- ailleurs.
Voire *Ansu- dans le lexique.

Exemples : Oswald, Oscar, Anselme, Ansila (roi goth chez Jordanès), Ansprand (duc d’Asti, roi des Lombards), Ansegisel (père de Pépin de Herstal), Ansbert (évêque de Rouen), etc…
 

AR- (?)

La signification de cet élément n’est absolument pas assurée et il possible qu’il s’agisse de plusieurs termes homonymes. Il existe différentes hypothèses :
La première renvoie au germanique *aizō- (respect, considération), allemand ehre. Il pourrait expliquer un nom comme Erhard et éventuellement les nombreux noms en ar- que l’on retrouve chez les hauts personnages lombards. Il ne peut en revanche être avancé pour les anthroponymes gotiques tels qu’Eriulf, Ereleuva ou Ariaric où l’on aurait attendu une forme du type *aisa-.
La deuxième hypothèse propose de voire le germanique *harija- dont le [h] serait tombé, notamment dans un contexte majoritairement latin puis roman (notamment pour les Lombards). Si éventuellement elle peut être retenue dans certains cas isolés, elle se heurte néanmoins à une difficulté de taille qui le rend peu à même d’expliquer les nombreux anthroponymes commençant par er-, ar-. En effet, pourquoi le [h] à l’initiale devant vocale du gotique harjis ou du lombard hari se serait il amuï alors qu’il s'est maintenu dans des noms tels que Helmegis, Hildegis ou Hildeprand (lombards) et Hilderic, Hildebad, Hunimund ou Hunila (goths) ? Ce qui peut s'expliquer pour un ou deux noms isolés, paraît tout de suite moins probable quand le problème devient généralisé. Citons également cette anecdote rapportée par Paul Diacre où le duc Ferdulf du Frioul insulte le schultheiss Argait de arga (lâche, méprisable) en jouant sur l’homonymie des deux mots. On peut penser que si Argait était originellement *Harigait, le jeu de mots n’aurait pas été possible. Ajoutons de plus que le nom Argait correspond à celui d’un chef goth du IIIème siècle mentionné par Jordanès sous le nom d’Argaith, ce qui rend plus que probable le fait qu'il n'est rien à voir avec le terme hari.
La troisième est - il est vrai - beaucoup plus ambitieuse, mais pas forcément moins probable. Elle rapprocherait cet élément ar-, er- contenu dans les anthroponymes germaniques de la racine indo-européenne *ario- (homme libre, seigneur). Celle-ci est la même qui a donné les termes Aryens, Iran ou Aryaman (dieu védique). Elle fut utilisée à haute époque par les descendants des locuteurs indo-européens orientaux pour se dénommer, si bien qu’on a emis l'hypothèse qu’il pouvait s’agir de l’auto-ethnonyme que se donnaient les premiers locuteurs de langue indo-européenne. Cela a malheureusement entrainé à une époque et encore aujourd'hui une réutilisation abusive et scandaleuse du terme à des fins de propagande raciste ou pour étayer des théories raciales plus que douteuses par les milieux d’extrême droite européen. Malgré son association à la branche orientale des locuteurs de langues indo-européennes, il semble que le terme soit présent dans le rameau celtique en Europe. On suppose en effet la divinité vieil irlandaise Eremon comme pouvant être le pendant occidental de l’Aryaman védique. Le vieil irlandais présente également un mot comme aire, airech (homme libre, chef, noble, prince) qui pourrait être apparenté à *ario-. Ceci pourrait expliquer le premier terme des noms, selon toutes vraisemblances gauloises, des chefs germaniques : Ariovistus, Ariomanus, Ariogaisius ou Ariobindus. Le terme pourrait, en plus d’avoir existé en celtique, avoir survécu en germanique ou avoir été emprunté (comme rik-) aux Celtes avec lesquels les Germains ont voisiné les siècles qui ont précédé l’ère moderne. Cette hypothèse pourrait être soutenue par l’existence d’une inscription runique dans lequel figure le terme arjosteR, visiblement apparenté.

Exemples : Aregisile (homme du roi franc Thierry Ier), Erhard, Eriulf (chef goth), Erwig (roi wisigoth), Ariaric (prince wisigoth), Eraric (roi ostrogoth), nombreux Arichis/Arechis lombards, Arioald et Aripert (rois des Lombards), etc…
 

ARB- (Héritage)

Il s’agit probablement du premier élément du composé Arbogast, nom d’un officier byzantin d’origine franque sous Théodose Ier et Valentinien III.
Voire *Arbija- dans le lexique.
 

ARD- (?)

Terme que l’on retrouve comme premier élément dans le nom du roi gépide Ardaric. Le sens est absolument incertain. On peut tenter un rapprochement avec le germanique *erþō- (terre, monde), gotique airþa, ce qui donnerait un composé Airþareiks (puissant sur la terre, roi du monde), mais cela reste absolument incertain. L'hypothèse est néanmoins renforcée par l'existence en vieil anglais de composés en eard-, avec la signification de "terre", "monde matériel", "pays". Par exemple : Eardwulf, nom d'un roi du Kent, d'un roi de Northumbrie et d'un évêque de Lindisfarne.
 

ARN- (Aigle)

Terme très fréquent en tant que premier élément, mais qui semble avant tout avoir été employé chez les Germains occidentaux à l’exception des Anglo-saxons. On le rencontre également dans les noms scandinaves. Semble avoir été inconnu des Germains orientaux.
Voire *Arōn dans le lexique.

Exemples : Arnaud/Arnold, Arnulf, Arnegonde (épouse de Clotaire Ier), Arnfried/Arnfrit (nom d’un fils du duc du Frioul Loup), Arne, Arnkell et Arnfinnr (jarls des Orcades), Arngrim (figure légendaire de la mythologie nordique), etc...
 

ASK- (Frêne, Lance)

Elément que l’on retrouve dans le nom du premier roi mythique du royaume d’Essex Æescwine (dit Erkenwine). Par la suite, au VIème siècle, un roi du Wessex porta également le nom d’Æescwine, probablement en référence au premier cité. Le terme signifie littéralement " frêne ", mais a également été employé comme métaphore pour "lance" parce que ce type d’armes était traditionnellement fait de ce bois.
Le frêne était un arbre au statut particulier dans la religion des anciens Germains. L’arbre cosmique, Yggdrasil, est généralement décri comme étant un frêne. L’Edda poétique et l’Edda de Snorri évoquent parallèlement le mythe de la création humaine où comment 3 dieux (Hœnir, Lóðurr et Odin ou Vili, Vé, et Odin) façonnèrent les premiers hommes Askr (frêne) et Embla. On rapproche généralement ce premier couple des deux frères vandales Assi et Ambri cités par Jordanès. On retrouve également dans la généalogie des rois du Kent un semi-mythique Æesc (Oeric, Oisc), fils de Hengist, à l’origine des Aescingar/Oiscingas, la dynastie saxonne qui régna sur le royaume du Kent.
C’est probablement bien plus qu’une coïncidence si le premier être humain d’après la mythologie nordique et les ancêtres fondateurs de certaines des familles royales portent tous un nom basé sur la racine ask-. Celle-ci semble avoir été peu employée par la suite.
Voire *Aska- dans le lexique.

Exemples : Æescwine (rois anglo-saxons), Æscwig (évêque de Dorchester)
 

AUSTR- (Est, figure mythologique *Austrō, ?)

Terme dont le sens est discuté. Il pourrait s’agir du point cardinal *austra- (est) que l’on retrouve dans le nom des Austrogoti (Ostrogoths). Cette hypothèse a pour elle le fait que les autres points cardinaux sont également attestés dans l’anthroponymie des anciens Germains. Si celle-ci a réellement existé et s’il ne s’agit pas d’une invention de Bède le vénérable, il pourrait également s’agir du nom de la déesse *Austrō. Le nom d’autres figures mythologiques a servi à créer des composés. Les noms du type Ostrogoto (fille de Théodoric le grand, femme du roi burgonde Sigismond), Ostrogota (roi légendaire des Ostrogoths) et Ostrogota (prince gépide) sont probablement des références purement ethniques.
Voire *Austa- , *Austra- dans le lexique.

Exemples : Austrigilde (épouse du roi franc Gontran), Austregisèle et Austrovald (personnages mentionnés par Grégoire de Tours - Historia Francorum), Austriguse (princesse gépide, femme du roi lombard Waccho), etc...