Peuples et linguistique germaniques antiques

Peuples et linguistique germaniques antiques
Lexique germanique H




A B D E F G H I J K L M N O P R S T þ U W




*Habǣn (Avoir, posséder), verbe, germanique commun

gotique : haban
vieil haut allemand : habēn, vieux saxon : hebbian, allemand : haben
vieux frison : habba, hebba, neerlandais : hebben
vieil anglais : habban, anglais : have
vieux norrois : hafa, suédois : hava, islandais : hafa

Duratif sur le verbe fort → *Hafjan, *Habjan (lever, soulever) qui a dû avoir, comme son cognat le latin capere, le sens originel de "saisir, attraper". Sémantiquement, ce que l'on a saisi, on le possède. La fomation du latin habēre (français → avoir) sur une racine *ghabh (prendre), qui a donné le germanique *Geban (donner), semble avoir été identique.

 

*Habra- (Bouc), substantif masculin, germanique commun

vieil anglais : hæfer
vieux norrois : hafr

Se compare directement avec d'autres termes de même sens ou de sens voisin dans d'autres langues : latin caper (français → chèvre, caprin), ombrien kabru, grec ancien kápros (sanglier mâle), vieil irlandais gabor ou gallois gafr (de *gabro-). La racine européenne est *kapro-. On la suppose issue d'une plus ancienne racine indo-européenne *kapr- désignant le membre viril. Voire également → *Habrōn.

 

*Habrōn (Avoine), substantif masculin, germanique commun

vieil haut allemand : habaro, vieux saxon : havoro, allemand : hafer, haber (dialectal)
neerlandais : haver
vieux norrois : hafri, suédois : havre, islandais : hafur

L'existence d'un terme celtique *korkkjo-, duquel serait issu le vieil irlandais corca et le gallois ceirch, laisse supposer l'existence d'une racine *korkwo- (avec disparition du premier [r] et labiale pour labio-vélaire dans *Habrōn) commune au germanique et au celtique. Il s'agit probablement d'un mot de substrat européen. Pokorny, lui, suppose que le terme est issu de → *Habra- dans le sens "nourriture pour le bétail".

 

*Habuka- (Autour, sorte de rapace), substantif masculin, germanique commun

vieil haut allemand : habuh, habech, vieux saxon : havuk, allemand : habicht
neerlandais : havik
vieil anglais : hafoc, heafoc, anglais : hawk
vieux norrois : haukr, suédois : hök, islandais : haukur

Issu d'une racine *kabh-. Se compare directement avec le russe kóbec (sorte de faucon). On pourrait envisager de faire appel plus lointainement à la racine indo-européenne *kap- (saisir, voire → *Hafjan) et ainsi rapprocher le latin capus (faucon, autour), mais celui-ci est généralement considéré comme d'origine étrusque, langue probablement non indo-européenne. Au final, peut-être un emprunt à une langue substrat pour le slave et le germanique. Le [t] final dans l'allemand habicht n'est pas étymologique.

 

*Hafjan- (Lever, soulever), verbe, germanique commun
*Habjan (Lever, soulever), verbe, germanique occidental


gotique : hafjan
vieil haut allemand : heven, heffen, vieux saxon : hebbian, allemand : heben
vieux frison : hebba, neerlandais : heffen
vieil anglais : hebban, anglais : heave
vieux norrois : hefja, suédois : häva, islandais : hefja

Verbe fort issu d'une racine indo-européenne *kap- (saisir, prendre). On peut citer comme apparentés les termes latins capere (italien → capire) et son dérivé capibilis (français → capable), le letton kàmpt (saisir), le grec ancien káptō, etc... Au niveau indo-européen, un lien avec la racine *ghabh est possible (voire → *Geban).
Voire également → *Bihōfa- (but), → *Hafta- (prisonnier), → *Haftja- (poignée, manche), → *Hafjōn (levure) et surtout le duratif → *Habǣn (avoir).

 

*Hafjōn (Levure), substantif masculin, germanique occidental

vieil haut allemand : hevo, heffo, allemand : hefe
vieil anglais : hæf

Substantif sur → *Hafjan, *Habjan (lever, soulever).

 

*Hafta- (Prisonnier), adjectif, germanique commun

gotique : hafts
vieil haut allemand : haft, vieux saxon : haft, hacht, allemand : haft
vieux frison : heft(e)
vieil anglais : hæft
vieux norrois : haptr

Le terme n'est attesté en allemand, en vieux frison, en vieil anglais et en vieux norrois que sous la forme d'un substantif. Formation en to- sur une racine indo-européenne *kap- (attraper, saisir). Le germanique est directement comparable aux termes latins captus, captïvus (français → capturer, captif), au vieil irlandais cacht (prisonnier, lien) ou au gallois caeth (esclave). Voire → *Hafjan, *Habjan (lever, soulever) et *Haftijan (accrocher, attacher).

 

*Haftijan (Accrocher, attacher), verbe, germanique commun

gotique : haftjan
vieil haut allemand : heften, allemand : heften
vieil anglais : hæfan
vieux norrois : hepta

Factitif sur → *Hafta- (prisonnier, celui qui est attaché).

 

*Haftja- (Poignée, manche), substantif neutre, germanique commun

vieil haut allemand : hefti, allemand : heft
neerlandais : hecht
vieil anglais : hæft
vieux norrois : hepti

Formation en [ti] sur → *Hafjan, *Habjan (lever, soulever) dans son sens originel de "saisir, attraper".

 

*Haga- (Clôture), substantif masculin, germanique commun
*Hagōn (Clôture), substantif masculin, germanique commun


vieil haut allemand : hag, hac, vieux saxon : hago, hag, allemand : hag
neerlandais : haag
vieil anglais : haga, anglais : haw
vieux norrois : hagi, suédois : hage

Se compare en dehors du germanique au latin caul(l)ae (parc à moutons, de *caholae) et au gallois cae (enclos).

 

*Hagatusjō- (Sorcière, esprit malfaisant), substantif féminin, germanique occidental

vieil haut allemand : hazissa, hagzussa, allemand : hexe
neerlandais : heks
vieil anglais : hægtesse, anglais : hag

Composé avec → *Haga-, *Hagōn (clôture) et → *Tusjō- (esprit maléfique, être malfaisant). Le sens originel est donc "esprit de la clôture", où la clôture doit probablement être vue comme la barrière séparant le monde des Hommes du monde extérieur et sauvage. Le sens rappelle celui d'un autre composé de même signification → *Tūnaridō- (littéralement : "celle qui chevauche la clôture"). Les sorcières étaient vues comme des êtres malfaisants qui cherchaient à s'approcher des lieux d'habitation et que l'on pouvait tenir éloignées à l'aide de délimitations telles que haies et clôtures.

 

*Hagaþurna- (Aubépine), substantif masculin, germanique commun

vieil haut allemand : haganthorn, allemand : hagedorn
neerlandais : hagedoorn
vieil anglais : hægþorn, anglais : hawthorn
vieux norrois : hagþorn, suédois : hagtorn

Composé avec → *Haga-, *Hagōn (clôture) et → *Þurnu- (épine).

 

*Hagjō(n) (Haie, clôture), substantif féminin, germanique occidental

vieil haut allemand : hegga, allemand : hecke
neerlandais : heg
vieil anglais : hecg, anglais : hedge

Dérivé sur → *Haga-, *Hagōn (clôture). A donné le français → haie.

 

*Hagla- (Grêle), substantif masculin, germanique commun

vieil haut allemand : hagalo, vieux saxon : hagal, allemand : hagel
neerlandais : hagel
vieil anglais : hagal, hagol, anglais : hail
vieux norrois : hagl, suédois : hagel, islandais : hagl

Terme purement germanique. *Hagla- est aussi le nom de la neuvième lettre de l'alphabet futhark, symbole de la catastrophe soudaine.

 

*Hagustalda- (Jeune guerrier, jeune homme non marié), substantif masculin, germanique commun

vieil haut allemand : hagustalt, hagastalt, vieux saxon : hagustald, hagastald, allemand : hagestolz
vieil anglais : hæġsteald, hagosteald, hagusteald
vieux norrois : haukstaldr, haukstallr

Il s'agit probablement d'un composé issu de → *Haga-, *Hagōn (clôture) et d'un verbe → *Staldan (posséder ? acquérir ?). On en comprend néanmoins difficilement le sens. Le terme est également attesté en écrite runique : hagustaldaz. L'allemand hagestolz a pris le sens "vieux garçon", "célibataire" et a subi l'influence de stolz (fier).

 

*Haifsti- (Dispute, violence), substantif féminin, germanique commun

gotique : haifsts
vieil haut allemand : heifti (violent), allemand : heftig (violent)
vieil anglais : hǣst(e) (violent)

Sans étymologie connue. A donné le français → hâte qui a été repris dans plusieurs langues voisines : anglais, allemand, suédois, etc...

 

*Haigarōn (Héron et/ou geais), substantif masculin, germanique commun
*Hraigrōn (Héron), substantif masculin, germanique continental


vieil haut allemand : reigar(o), reiger, haigar(o), heigro (héron), hehara, hēra (geais), allemand : reiher (héron), häher (geais)
neerlandais : reiger (héron)
vieil anglais : hraga (héron), higera, higora (geais)
vieux norrois : hegri (héron), suédois : häger (héron), islandais : hegri (héron)

On a vraisemblablement ici eu à faire à la confusion de deux termes originellement distincts, probablement des imitations des cris des oiseaux.
La première racine *krai-kr- désignait selon toute vraisemblance le héron. Elle se compare directement avec le gallois crëyr, crehyr. Le lituanien offre aussi un terme assez semblable krykšti (piailler, glapir), dans un registre sémantique apparenté.
Le deuxième racine *kik(i)- est davantage à mettre en relation avec le geais. On compare avec le grec ancien kíssa (geais, pie) ou le sanscrit kikidīví- (geais).
La forme *Hraigrōn a donné son nom au héron en vieil haut allemand, allemand, néerlandais ou vieil anglais. La forme *Haigarōn a, quant à elle, servi à dénommer le héron en vieil allemand, dans les langues scandinaves et en français (→ héron, de là en anglais moderne), ainsi que le geais en vieil allemand, en allemand et en vieil anglais. Les vieux termes anglo-saxons ont été remplacés par leurs équivalents vieux français.

 

*Haisi- (Haie, amas de branches, amas de racines), substantif, germanique continental
*Haisiþi- (Haie, amas de branches, amas de racines), substantif, germanique continental


Ces termes se déduisent essentiellement des noms de lieu Hees et Heest des Pays-Bas et du nord-ouest de l'Allemagne. Ils ont donné en combinaison avec → *Trewa-, l'allemand heister (jeune hêtre, arbrisseau), le néerlandais heester (arbrisseau) et bien sûr le français → hêtre. On peut également citer, en tant que latinisation d'un mot germanique, la Caesia Silva évoquée par Tacite dans les Annales. Voire également → *Haiþ(ǣ)i-.

 

*Haiþ(ǣ)i- (Lande, terre non cultivée), substantif féminin, germanique commun

gotique : haiþi
vieil haut allemand : heida, vieux saxon : heiđa, heđa, allemand : heide
néerlandais : hei(de)
vieil anglais : hǣþ, anglais : heath
vieux norrois : heiđr, suédois : hed, islandais : heiđi

Se compare au gallois coed (bois) et au latin caedes (action de couper, d'abattre), lui-même issu du verbe caedere (couper, frapper, abattre). Il a probablement existé en germanique un verbe cognat du latin caedere (français → décider, occire, inciser, -cide) et lié d'une manière ou d'une autre à *Haiþ(ǣ)i- et → *Haisi-, *Haisiþi- .

 

*Haiþjō- (Bruyère), substantif féminin, germanique occidental

vieil haut allemand : heida, vieux saxon : heiđa, allemand : heide(kraut)
néerlandais : (dop)hei
vieil anglais : hǣđ, anglais : heath, heather


Formation d'appartenance au genre du terme d'origine sur → *Haiþ(ǣ)i-. On traduira donc par "celle de la lande", "celle qui pousse dans la lande".

 

*Hakida- (Brochet), substantif masculin, germanique occidental
*Hakuda- (Brochet), substantif masculin, germanique insulaire


vieil haut allemand : hehhit, vieux saxon : hakth, allemand : hecht
vieil anglais : haced, hacod

Comme en anglais (pike et pike), en français (broche et brochet) ou en suédois (gädda et gadd), cette dénomination du brochet semble trouver son origine avec un terme se référant à la forme du poisson. Il semble néanmoins - là où l'on pourrait s'attendre à un mot en rapport avec la forme pointue - que *Hakida-, *Hakuda- s'accordent mieux au niveau de la forme avec des mots désignant le crochet (voire → *Hakōn, *Hǣggōn, *Hōka-).

 

*Hakōn (Crochet), substantif masculin, germanique commun
*Hǣggōn (Crochet), substantif masculin, germanique continental
*Hōka- (Crochet), substantif masculin, germanique commun


vieil haut allemand : hācko, vieux saxon : hako, allemand : haken
vieux frison : hōk
vieil anglais : haca, hōc
vieux norrois : haki, hœkja (féminin, canne)

A rapprocher du russe kógot (onglon, crochet). Pour le reste, obscur. Voire également → *Hakida-, *Hakuda-.

 

*Hallō- (Halle, grande pièce avec colonnes), substantif féminin, germanique commun

vieil haut allemand : halla, vieux saxon : halla, allemand : halle
vieil anglais : heall, anglais : hall
vieux norrois : höll, suédois : hall, islandais : höll

A comparer avec le latin cella (garde à manger, cellier) à l'origine des termes français → celle (cellule monastique, petit monastère, cf. La Celle Saint Cloud, allemand zell), cellule, cellier. Probablement issu d'une racine indo-européenne *kel- (cacher, dissimuler). Le terme germanique est à l'origine du français → halle.

 

*Hallu- (Pierre, rocher), substantif masculin, germanique commun

gotique : hallus
vieux norrois : hallr

Origine inconnue. Un rapport avec → *Hulli-, → *Hulma- est tout à fait possible, tout comme un rapport avec le latin collis (français → colline), columen/columna/culmen (français → colonne, culminer).

 

*Halma- (Brin, tige), substantif masculin, germanique commun

vieil haut allemand : halm, allemand : halm
néerlandais : halm
vieil anglais : healm, anglais : halm
vieux norrois : halmr, suédois : halm, islandais : halmur

D'une racine européenne *koləmo- (brin, roseau) que l'on retrouve dans le grec ancien (avec dissimulation vocale) kálamos, qui a donné le latin calamus, lui-même à l'origine du français → chaume, chaumière. Le latin culmus, le vieux prussien salme (paille) ou le russe solóma (paille) sont de même origine.

 

*Halsa- (Cou, nuque), substantif masculin, germanique commun

gotique : hals
vieil haut allemand : hals, vieux saxon : hals-, allemand : halm
vieux frison : hals, néerlandais : hals
vieil anglais : h(e)als
vieux norrois : hals, suédois : hals, islandais : háls

Meilleure comparaison possible avec le latin collum, plus anciennement collus (français → col, cou). Supposément d'un indo-européen *kwolso- avec chute de l'élément labial à l'initial devant [o]. Il s'agit d'un dérivé sur la racine indo-européenne *kwel- (tourner). Le cou serait donc à l'origine la partie qui tourne, comme dans le lituanien kãklas, semblable à un mot sanscrit pour la roue : cakrá.
*Halsa- se retrouve dans le composé *Frījahalsa- (libre) avec comme premier élément → *Frīja- (libre), soit "celui dont le cou est libre, qui ne porte pas de chaînes".

 

*Hangista- (Etalon), substantif masculin, germanique occidental
*Hanhista- (Cheval), substantif masculin, nord germanique


vieil haut allemand : hengist, allemand : hengist
vieux frison : hengst, hangst, hanxt, néerlandais : hengst
vieil anglais : hengest
vieux norrois : hestr, suédois : häst, islandais : hestur

A comparer directement au gallois caseg (de *kankstikā). Bien que le cas ne soit pas unique pour un animal, il semble qu'il s'agisse d'une formation rare de noms d'agent en [st]. La racine semble se retrouver dans les termes lituaniens šankùs (souple, rapide) et šankìnti (faire sauter). Le sens d'origine pourrait donc avoir été "le sauteur", "le rapide", "celui qui se meut rapidement".

 

*Hannjō- (Poule), substantif féminin, germanique occidental

vieil haut allemand : henin, henna, allemand : henne
vieux frison : hanne, henne, neerlandais : hen
vieil anglais : henn, anglais : hen

Originellement formation de caractère féminin sur → *Hanōn (coq), le sens est donc "femelle du coq".

 

*Hanōn (Coq), substantif masculin, germanique commun

gotique : hana
vieil haut allemand : han(o), vieux saxon : hano, allemand : hahn
vieux frison : hana, hona, neerlandais : haan
vieil anglais : hana
vieux norrois : hani, suédois : hane, islandais : hani

A comparer directement avec le latin canere (chanter) et le vieil irlandais canaid (chante). Le coq est donc originellement dans les langues germaniques le "chanteur", celui qui pousse un cri. Le même type d'associations existe dans le domaine balto-slave : lituaniens gaidys (coq) et gáida (mélodie, chant) / giedóti (chanter), russes petúch (coq) et pet (chanter).

 

*Hǣrenga- (Hareng), substantif masculin, germanique occidental
*Hǣringa- (Hareng), substantif masculin, germanique occidental
*Harenga- (Hareng), substantif masculin, germanique continental


vieil haut allemand : hāring, hering, allemand : hering
neerlandais : haring
vieil anglais : hæring, hering, anglais : herring

L'origine du terme est inconnu. Passé assez tôt en latin. A l'origine du français → hareng.

 

*Haribergō- (Lieu de retraite pour l'armée), substantif féminin, germanique commun

vieil haut allemand : heriberga, vieux saxon : heriberga, allemand : herberge
vieux frison : hereberge, néerlandais : herberg
vieil anglais : herebeorg, anglais : harbour (port)
vieux norrois : herbergi, suédois : härbärge, islandais : herbergi

Formation sur → *Harja- et → *Bergo-. A donner les termes français → auberge (probablement par un intermédiaire gotique) et → héberger (probablement par un intermédiaire franc).

 

*Harmōn (Hermine), substantif masculin, germanique occidental

vieil haut allemand : harmo, harmilī(n), harmil, vieux saxon : harmo, allemand : hermelin
vieil anglais : hearma

D'un racine *kermōn que l'on retrouve également dans le lituanien šermuő, šarmuő. On suppose une connexion avec un étymon indo-européen *kormo- (givre, neige, grêle), notamment représenté par le lituanien šarmas (givre), avec comme relation sémantique la couleur de l'animal. La forme actuelle allemande remonte à une forme diminutive déjà attestée en vieil haut allemand. L'homonymie avec les termes issus du latin Armenius mus (souris d'Arménie), → français hermine, italien ermellino, armellino est frappante. L'animal ayant été très recherché pour sa fourrure, on peut penser que le terme vieil haut allemand a fortement subi l'influence des termes romans, pendant que le mot disparaissait en vieil anglais. Inversement, le [h] en français montre peut-être une influence ancienne du germanique.

 

*Harsta- (Grill), substantif masculin, germanique continental

vieil haut allemand : harst
néerlandais : harsten (frire)

Peut-être apparenté au latin crātis, craticula (français → grille). A peut-être influencé sémantiquement le français → haste (broche à rôtir).

 

*Hasla- (Noisetier), substantif masculin, germanique commun

vieil haut allemand : hasal, allemand : hasel
neerlandais : hazelaar
vieil anglais : hæsel, anglais : hazel
vieux norrois : hasl, suédois : hassel, islandais : hasl, hesli

A rapprocher du gallois coll (de *koslo-) et du latin (avec rhotacisme) corylus (français → coudrier). On peut également évoquer le lituanien kasulas (pique de chasseur).

 

*Hasōn (Lapin), substantif masculin, germanique continental
*Hazōn (Lapin), substantif masculin, germanique commun


vieil haut allemand : han(o), vieux saxon : hano, allemand : has(o)
neerlandais : haas
vieil anglais : hara
vieux norrois : heri, suédois : hare, islandais : héri

La forme originelle est *Hasōn, uniquement attestée en germanique continental et conservée en allemand et en néerlandais. *Hazōn est une forme irrégulière à l'origine des mots nordiques et anglais. Il s'agit ici d'une évolution germanique de la racine indo-européenne *kasó-/ōn, également à l'origine de vieil indien śaśá-, du vieux prussien sasins ou du gallois ceinach. Le sens fut probablement à l'origine "le gris", comme c'est le cas aujourd'hui en lituanien : širvis (lapin) et širvas (gris). Un adjectif de ce sens et de même origine est attesté en vieil anglais hasu et vieux norrois hoss. Le terme se retrouve dans le français → hase, repris à l'allemand pour désigner la femelle du lièvre.

 

*Hata- (Haine, colère, inimitié), substantif neutre, germanique commun

gotique : hatis
vieil haut allemand : haz, vieux saxon : heti, allemand : hass
neerlandais : haat
vieil anglais : hete, anglais : hate
vieux norrois : hatr, suédois : hat, islandais : hata

Il existe en Allemand une expression utilisant le verbe hassen décrivant comment les passereaux se rassemblent en groupe lors des attaques de rapaces pour les chasser. Sémantiquement c'est le seul lien qui existe encore avec les termes dans d'autres groupes de langues qui sont apparentés à *Hata- : latin cadere (s'appuyer sur, tomber sur, français → choir), sanscrit śad- (chuter, tomber, mais aussi tuer, abattre) ou grec homérique kad- (chuter, reculer). Cette racine indo-européenne *kad- semble avoir pris en Europe de l'Ouest la connotation "attitude hostile". En plus du germanique on la retrouve dans le vieil irlandais cais (de *kad-s-, haine), gallois cawdd (de *kād-, colère, agacement), ou osque cadeis (inimitié). Voire le verbe → *Hatjan (hair). A donné les termes français → hair et haine.

 

*Hatjan (Hair), verbe, germanique commun

gotique : hatjan
vieil haut allemand : hazzōn, vieux saxon : haton, allemand : hassen
neerlandais : haten
vieil anglais : hatian, anglais : hate
vieux norrois : hata, suédois : hata

Verbe sur le substantif → *Hata- (haine, colère, inimitié). A donné le français → hair.

 

*Hauga- (Colline, monticule), substantif masculin, germanique commun

vieil haut allemand : houg, houc, hōg, allemand : hügel
vieux norrois : haugr

Probablement issu d'une racine indo-européenne *keuk- (se pencher, être courbé, voûté) que l'on retrouve dans le sanscrit kucáti (se recroqueviller), kuca (poitrine féminine), le serbo-croate čučati (être accroupi) et les termes lituaniens kaũkas (bosse) et kaũkaras (colline).

 

*Herdō- (Troupeau), substantif féminin, germanique commun

gotique : hairda
vieil haut allemand : herta, allemand : herde
vieil anglais : heord, anglais : herd
vieux norrois : hjorđ, suédois : hjord, islandais : hjörđ

Supposément d'un plus ancien *kerdhā que l'on retrouve également dans le vieux slave črĕda (file, troupeau), dans le lituanien, avec suffixe, kerdžius (berger) ou, avec variations, dans le gallois cordd (groupe, foule, tribu) et le grec ancien kórthys (gerbe de céréales)

 

*Hersja- (Millet), substantif masculin, germanique continental

vieil haut allemand : hirso, hirs(i), vieux saxon : hirsi, allemand : hirse

Il s'agit d'un dérivé en -jo- sur un indo-européen *keros- (rassasiement, nourriture) que l'on retrouve dans le nom de la déesse (agriculture, moisson, fécondité) latine Cerēs et dans l'arménien ser (descendance). On peut également citer le grec ancien kóros (rassasiement), le lituanien šérti (nourrir) et les termes latins creāre (français → créer) et son inchoatif crēscere (français → croître).

 

*Heruta- (Cerf), substantif masculin, germanique commun

vieil haut allemand : hir(u)z, vieux saxon : hirot, allemand : hirsch
neerlandais : hert
vieil anglais : heorot, anglais : hart
vieux norrois : hjortr, suédois : hjort, islandais : hjörtur

D'une racine indo-européenne *kerə-u- désignant la corne, voire → *Hurna-. Formes indo-européennes apparentées, bien que morphologiquement différentes : latin cervus (français → cerf), gallois car.

 

*Hlaupa- (course), substantif masculin, germanique commun
*Hlauptu- (course), substantif masculin, germanique continental

vieil haut allemand : (h)louf(t), vieux saxon : hlōft, allemand : lauf
neerlandais : loop
vieil anglais : hlōp
vieux norrois : hlaup, laup

Substantif sur → *Hlaupan (courrir).

 

*Hlaupan (courir), verbe, germanique commun

gotique : -hlaupan
vieil haut allemand : (h)louf(f)an, vieux saxon : hlōpan, allemand : laufen
vieux frison : hlāpa, neerlandais : lopen
vieil anglais : hlēapan, anglais : leap
vieux norrois : hlaupa, suédois : löpa, islandais : hlaupa

Origine non clairement déterminée. Un rapprochement avec une racine *keleu-, reconstruite d'après le lituanien keliáuti (voyager) et le grec ancien kéleuthos (chemin, voyage), est possible. Voire → *Hlaupa- (course).
A l'origine du français → galoper. Second élément du composé → *Brūdihlaupa- (mariage).

 

*Hnitō- (Lente, oeuf de pou), substantif féminin, germanique occidental
*Gnitō- (Lente, oeuf de pou), substantif féminin, nord germanique


vieil haut allemand : (h)niz, allemand : nisse, niß
neerlandais : neet
vieil anglais : hnitu, anglais : nit
vieux norrois gnit, norvégien : gnit

Des termes de même origine sont attestés dans différentes langues indo-européennes avec plusieurs variantes phonétiques : grec ancien konís (pluriel konídes) de la racine *knid- avec vocalisme d'appui en [o], vieil irlandais sned et gallois nedd de *sknid-, formes balto-slaves gnída (russe) ou gnĩda (letton) de *ghnid- tout comme les formes germaniques nordiques, enfin lituanien glìnda et peut-être latin lēns / lendis (français → lente) de *ghlid-.

 

*Hōna- (Poule, poulet, gallinacé), substantif masculin, germanique commun

vieil haut allemand : huon, vieux saxon : hōn, allemand : huhn
vieux norrois : hœns (pluriel hœnsni)

Formation à degré vocalique long sur → *Hanōn (coq) soulignant l'appartenance au genre du terme d'origine. Le sens premier est donc : "qui est semblable au coq, qui est de même nature".

 

*Hrabna- (Corbeau), substantif masculin, germique commun

vieil haut allemand : (h)raban, allemand : rabe
neerlandais : raaf
vieil anglais : hræfn, anglais : raven
vieux norrois : hrafn, suédois : ram(svart), islandais : hrafn

Une forme contractée (h)ram a existé en germanique continental, c'est celle que l'on retrouve notamment dans les anthroponymes : Bertrand, Gontran, Enguerand, etc... On reconstitue une forme indo-européenne *kra-p-no- mettant en relief l'origine du nom de l'animal (kra-p-no- = "qui fait kra"). Se compare avec le latin corax, corvus (français → corbeau) ou le grec ancien kórax.

 

*Hraini- (Pur, sans impureté), adjectif, germique commun
*Hrainja- (Pur, sans impureté), adjectif, germique commun

gotique : hrains
vieil haut allemand : reini, vieux saxon : hrēni, allemand : rein
vieux frison : hrēne, neerlandais : rein
vieux norrois : hreinn, suédois : ren, islandais : hreinn

A d'abord signifié "passé au tamis", "débarrassé de ses impuretés" (voire → *Hreidrō-). D'une racine européenne *krei- (séparer, trier) que l'on retrouve dans le grec krínō, le latin cernere (français → cerner, décerner, concerner, discener, etc...), et dans des mots pour "tamis" : latin crībrum (français → crible) ou vieil irlandais críathar. Voire → *Hrainisōn (laver, purifier).

 

*Hrainisōn (Laver, purifier), verbe, germique commun

vieil haut allemand : reinisōn
vieux norrois : hreinsa, suédois : rensa

Formation sur → *Hraini-, → *Hrainja- (pure, débarrassé de ses impuretés). Ramené par les Normands en France, le terme est devenu → rincer chez nous et est passé en anglais rinse.

 

*Hreidrō- (Tamis), substantif féminin, ouest germanique

vieil haut allemand : rītera, vieux saxon : hrīdra, allemand : reiter
vieil anglais : hridder

Directement comparable avec le vieil irlandais críathar et le latin crībrum (issu d'une dentale -dh-, français → crible). Termes hérités d'une racine européenne *krei-, voire → *Hraini-, → *Hrainja- (pure, débarrassé de ses impuretés).

 

*Hrenda- (Boeuf, bovidé), substantif neutre, germanique occidental

vieil haut allemand : (h)rind, vieux saxon : hrīth, allemand : rind
vieux frison : hrēther, hrīther
vieil anglais : hrīđer, hryđer

Supposément de la même famille que → *Hurna-, avec vocalisme inexpliqué.

 

*Hrima- (Givre), substantif masculin, germanique commun

vieil haut allemand : rīm
néerlandais : rijm
vieil anglais : hrīm, anglais : rime
vieux norrois : hrím, hrími, suédois : rimfrost, islandais : hrím

Obscure par l'étymologie. Est peut être lié à → *Hrīpōn de même sens. A donné le français → frimas par l'intermédiaire de l'ancien français frime.

 

*Hrīpōn (Givre), substantif masculin, germanique continental

vieil haut allemand : (h)rīfo, rīf, vieux saxon : hrīpo, allemand : reif
néerlandais : rijp

Peut-être de même origine que → *Hrima, de même sens. Incertain.

 

*Hrōma- (Gloire, réputation), substantif masculin, germanique continental
*Hrōmi- (Gloire, réputation), substantif masculin, germanique insulaire

vieil haut allemand : (h)ruom, vieux saxon : hrōm, allemand : ruhm
neerlandais : roem
vieil anglais : hréam, hrēmig (adjectif)

De même origine que → *Hrōþa-, *Hrōþi- (gloire, réputation). Premier élément des noms de personne Romuald ou Romaric.

 

*Hrossa- (Cheval), substantif neutre, germanique commun

vieil haut allemand : (h)ros, vieux saxon : hros, allemand : roß
vieux frison hors, hars, hers, neerlandais : ros
vieil anglais : hors, anglais : horse
vieux norrois : hross, islandais : hross

Mot exclusivement germanique. A donné le français → rosse (mauvais cheval), probablement par le biais d'un emprunt au haut moyen âge.

 

*Hrōþa- (Gloire, réputation), substantif masculin, germanique commun
*Hrōþi- (Gloire, réputation), substantif masculin, germanique insulaire

vieil haut allemand : hruod- (dans les noms de personne), vieux saxon : hrōþ- (dans les noms de personne)
vieux frison hors, hars, hers, neerlandais : ros
vieil anglais : hrēþ, hrōþ
vieux norrois : hrōðr

La racine est également présente en gotique dans l'adjectif hrōþeigs (glorieux). De même origine que → *Hrōma-, *Hrōmi- (gloire), peut-être racine indo-européenne *kar- (glorifier). Fréquent en tant que premier élément dans l'anthroponymie : Robert, Roger, Roland, etc...

 

*Hrugna- (Oeuf de poisson), substantif masculin, germanique continental
*Hrugōn (Oeuf de poisson), substantif masculin, germanique commun


vieil haut allemand : rogan, rogo, allemand : rogen
vieux norrois : hrogn, suédois : rom, islandais : hrogn

Se compare au lituanien kurkulaĩ et au russe krjak de sens similaires.

 

*Hruskan (Être rapide), verbe, ouest germanique
*Hruskijan (Se dépêcher, se précipiter), verbe, ouest germanique


vieil haut allemand : hurscan
vieil anglais : hryscan, hrȳscan, anglais : rush

Un adjectif horsc est connu en vieil anglais. Probablement issu de la racine kors-. Voire → *Hurzan.

 

*Hulli- (Colline), substantif masculin, germanique commun

bas allemand : hull
vieil anglais : hyll, anglais : hill
vieux norrois : holl, islandais : hóll

De même origine indo-européenne que → *Hulma- (hauteur, île). Voire également → *Hallu- (rocher, pierre).

 

*Hulma- (Hauteur, île), substantif masculin, germanique commun

vieux saxon : holm, allemand : holm
vieil anglais : holm
vieux norrois : holmi, holmr, suédois : holme

Le germanique *Hulma- pourrait être formé de la même façon que le latin columen/columna/culmen (de *klə-men-, français → colonne, culminer), possiblement dérivé sur la même base verbale que (prae-)cello (surpasser), (ex-)cello (français → exceller, excellence). D'une même racine indo-européenne, on peut citer un nombre important de mots pour "colline" : grec ancien kolōnós, latin collis (français → colline) ou lituanien kalvà. L'allemand moderne a été repris au bas allemand. Le terme n'est pas rare dans la toponymie scandinave : Stockholm, Bornholm, etc...
Voire, selon toutes vraisemblances de même origine, → *Hulli- (colinne) et peut être → *Hallu- (rocher, pierre).

 

*Huln- (Sureau), substantif masculin, germanique commun
*Hulun- (Sureau), substantif masculin, germanique continental


vieil haut allemand : holuntar, hol(d)er, allemand : holunder
danois : hyld, suédois : hyll

On recompose une racine *kln- de laquelle on peut rapprocher le russe kalína (érable champêtre, viorne). On fait également un rapprochement avec le grec ancien kelainós (noir) en raison de la couleur noire des baies du sureau. Cela demeure néanmoins très spéculatif. Le deuxième terme en vieil haut allemand et allemand est le germanique → *Trewa-.

 

*Hulta- (Bois), substantif neutre, germanique commun

vieil haut allemand : holz, vieux saxon : holt, allemand : holz
vieux frison : holt, néerlandais : hout
vieil anglais : holt, anglais : holt (en toponymie, lieu boisé)
vieux norrois : holt, suédois : hult

Terme issu d'une racine indo-européenne *klədo- à côté du grec ancien kládos (branche), du moyen irlandais caill et du gallois celli (bois, haie), ces deux derniers étant issus de *klədī. De manière plus lointaine on rapproche le vieux russe klada (poutre, bois). Tous ces termes sont issus d'une racine indo-européenne *kelə (frapper, casser) que l'on retrouve dans le grec ancien kláō (couper des branches), le latin percellere (jeter au sol, briser), le lituanien kálti (frapper, forger) ou le vieux slave klati (piquer, abattre).

 

*Hunda- (Chien), substantif masculin, germanique commun

gotique : hunds
vieil haut allemand : hunt, vieux saxon : hund, allemand : hund
neerlandais : hond
vieil anglais : hund, anglais : hound
vieux norrois : hundr, suédois : hund, islandais : hundur

*Hunda- est apparenté à un étymon indo-européen *ku-ōn (avec extension en dentale) duquel sont également issus, entre autres, le latin canis (vocalisme irrégulier, français → chien), le grec ancien kýōn ou le lituanien šuő.

 

*Hurzan (Aller vite, se dépêcher), verbe, germanique commun

moyen haut allemand: hurren
moyen anglais : hurren, anglais : hurry
norvégien : hurre (tournoyer)

L'anglais moderne hurry vient d'un ancien participe passé horyed issu du moyen anglais hurren (fréquentatif). Rapproché d'une racine indo-européenne kers-/kors- (courrir, se dépêcher) que l'on retrouve dans le latin currere (français → courrir), le gallois carrog (torrent), le tokharien A kursär et le tokharien B kwärsar (course) ou le lituanien karsiù (aller rapidement). Voire aussi → *Hruskan, → *Hruskijan.

 

*Hwaitja- (Blé), substantif masculin, germanique commun

gotique : hvaiteis
vieil haut allemand : (h)weizi, weiz, allemand : weizen
vieux frison : hwēte
vieil anglais : hwǣte, anglais : wheat
vieux norrois : hveiti, suédois : vete, islandais : hveiti

La céréale fut selon toute vraisemblance nommée d'après sa couleur blanche (farine ou peut-être la graine). Voire → *Hweita- (blanc).

 

*Hwala- (Baleine), substantif masculin, germanique commun

vieil haut allemand : (h)wal, allemand : wal
neerlandais : wal
vieil anglais : hwæl, anglais : whale
vieux norrois : hvalr, suédois : val, islandais : hvalur

Il n'est pas impossible que le terme soit apparenté au latin squalus ou/et au vieux prussien kalis (silure, poisson-chat). L'origine demeure néanmoins obscure.