Lexique G

Peuples et linguistique germaniques antiques

Peuples et linguistique germaniques antiques
Lexique germanique G




A B D E F G H I J K L M N O P R S T þ U W




*Gaila- (Lubrique, concupiscent), adjectif, germanique commun

vieil haut allemand : geil, vieux saxon : gēl, allemand : geil
néerlandais : geil
vieil anglais : gāl
vieux norrois : geiligr

On peut citer les termes letton gails (voluptueux), lituanien gailùs et vieux slave (d)zělo (très) comme rapprochement possible. Un lien avec → *Gera-, *Gīra- (avide) est également possible.
Le vieux norrois geiligr signifie "beau". La racine a existé en gotique : gailjan (réjouir).
Peut-être à l'origine du français → gaillard, néerlandais geilaard.
 

*Gait(i)- (Chèvre), substantif féminin, germanique commun

gotique : gaits
vieil haut allemand : geiz, vieux saxon : gēt, allemand : geiß
neerlandais : geit
vieil anglais : gāt, anglais : goat
vieux norrois : geit, suédois : get, islandais : geit

Terme directement comparable avec le latin haedus (bouc) et l'on remonte à une racine *ghaid-. Tout comme pour → *K(w)ōu-, il semble que le terme générique désignant l'espèce se soit vu excluvisement appliqué au représentant femelle en germanique.

 

*Gaiza- (Lance, Javeline), substantif masculin, germanique commun

vieil haut allemand : gēr, vieux saxon : gēr, allemand : ger
vieil anglais : gār
vieux norrois : geirr

De même origine que le grec ancien chaĩos (bâton de berger) ou le vieil irlandais gae. On suppose d'ailleurs que le latin gaesum et le germanique sont des emprunts à la langue celtique. La racine est *ghaisó- et on évoque aussi le sanscrit hésas- (arme). On a longtemps rapproché le nom des Germains de ce terme, avec comme second élément → *Mannōn- (Homme), soit "les Hommes avec lances", mais cela demeure fort improbable. Utilisation très fréquente en anthroponymie : Gérard, Gérald, Roger, Bérenger, Oscar, etc...

 

*Galan (Chanter, invoquer), verbe, germanique commun

vieil haut allemand : galan
vieil anglais : galan
vieux norrois : gala

Ce verbe avait, semble-t-il, pris le sens de "psalmodier", "invoquer les esprits", ce qui peut expliquer qu'il est fini par disparaître dans un univers chrétien. On le retrouve à l'état de relique dans les dérivés de → *Nahtigalōn (rossignol) ou dans l'allemand gelt (stérile), issu d'un participe passé → *Galdi- (stérile, rendu stérile suite à un ensorcélement). Voire également → *Gellan (retentir, faire du bruit).

 

*Galdi- (Stérile, rendu stérile par des invocations), adjectif, germanique commun

vieil haut allemand : g(i)alt
vieil anglais : gelde
vieux norrois : geldr

Participe passé sur → *Galan (chanter, invoquer).

 

*Galtjōn (Truie stérile ou jeune porc), substantif féminin, germanique commun

vieil haut allemand : galza, gelza, allemand : gelze
vieil anglais : gilte
vieux norrois : gylta, gyltr

Le terme a la particularité d'avoir signifié sur le continent "truie stérile", alors que parallèlement le sens était "jeune porc" en Scandinavie et Grande-Bretagne. Dans le domaine germanique, à rapprocher du vieux norrois gelda (castrer) et de galti, galtr (sanglier).

 

*Gans- (Oie), substantif féminin, germanique commun
*Gansi- (Oie), substantif féminin, germanique commun


vieil haut allemand : gans, allemand : gans
neerlandais : gans
vieil anglais : gōs, anglais : goose
vieux norrois : gás, suédois : gås, islandais : gæs

De la racine indo-européenne *ghans- qui a dû désigner l'oie et des oiseaux similaires. En dehors du domaine germanique, sont de même origine le sanscrit hamsá (oie, cygne), le grec ancien chén, le lituanien žąsìs, le vieil irlandais géis (cygne) ou le latin classique ānser (avec perte précoce du [h] initial).
A côté des formes formées sur *ghans- ont existé en germanique des formes issues d'une racine plus simple *ghan-. D'où le mot ganta, donné comme germanique par Pline l'ancien dans Histoire Naturelle, qui correspond au vieil anglais ganot ou au vieil haut allemand ganazzo, ganzo. D'où également l'anglais moderne gander (jars) ou l'allemand ganter (même sens).

 

*Garda- (Espace clôturé, enclos, jardin), substantif masculin, germanique commun
*Gardōn (Espace clôturé, enclos, jardin), substantif masculin, germanique commun


gotique : aurtigards, garda
vieil haut allemand : garto, gart (cercle), vieux saxon : gardo, allemand : garten
vieux frison : garda, néerlandais : gaard, gaarde
vieil anglais : geard, anglais : garden, yard
vieux norrois : garđr (clôture, cours, jardin), suédois : gård

Termes issus d'une racine indo-européenne *ghortó- (lieu clôturé) bien attestée dans les différentes langues héritées : grec ancien chórtos (cours, enclos), latin hortus (jardin, français → horticulture), vieil irlandais gort, gart (champ ensemencé), lubgort (potager), gallois garth (jardin, parc), albanais gardh ou tokharien B kerccī (palais). Le lituanien gardas (enclos) et le russe górod, -grad (ville, pensez à Leningrad, Nijni Novgorod, etc...) sont également apparentés. La capitale phrygienne Gordion tire aussi son nom de là. Le gotique est aussi attesté avec le sens de "maison", tout comme le sanscrit grhá-. On suppose à l'origine une racine *gher- (entourer), voire → *Gurdjan et → *Gurdila-. On retrouve *Garda- dans les noms de lieux mythologiques Ásgarðr, Miðgarðr et Útgarðr. Les deux termes ont donné le vieux français jart et le français → jardin, dont une forme normanno-picarde gardin a à son tour accouché de l'anglais garden. L'italien giardino ou l'espagnol jardín sont également issus du français.

 

*Gaskapjan (créature), substantif neutre, germanique commun

vieil haut allemand : geschaf, allemand : geschöpf
néerlandais : schepsel
vieil anglais : ġesceap, anglais : shape
suédois : skapelse, islandais : skap

Formation abstraite avec préfixe collectif → *Ga- sur → *Skapjan (créer, produire).

 

*Gaskapti- (création, travail), substantif neutre, germanique commun

gotique : gaskafts
vieil haut allemand : giscaf(t), allemand : geschäft
vieil anglais : ġesceaft

Formation abstraite en [ti] avec préfixe collectif → *Ga- sur → *Skapan (organiser, mettre en ordre).

 

*Gasti- (hôte, invité), substantif masculin, germanique commun

gotique : gasts
vieil haut allemand : gast, vieux saxon : gast, allemand : gast
vieux frison : jest, néerlandais : gast
vieil anglais : giest, anglais : guestn
vieux norrois : gestr, suédois : gäst, islandais : gestur

D'une racine indo-européenne *ghosti- (étranger) que l'on retrouve dans le vieux slave gostĭ (hôte, celui qui est accueilli) ou le latin hostis (français → hostile). On rapproche aussi le grec ancien xénos (étranger, hôte, → Xenophon, français → xénophobe), l'albanais huaj et le sanscrit ghásati (pensionnaire). Le latin hospes, hospitis (français → hôpital, hôtel, hôte) de *ghosti-pot-s, à comparer avec le vieux slave gospodĭ (hôte, celui qui accueille), semble être un composé. Le second élément est apparenté en latin à potis (puissant) et posse (pouvoir) qui sont à l'origine de nombreux dérivées. Pour l'annectode il s'agit de l'ancien nom indo-européen du maître, celui qui est capable, que l'on retrouve par exemple dans le grec ancien despótês (despote) ou le sanscrit dampati- (maître de maison).

 

*Gaþanka- (Pensée), substantif masculin, germanique occidental
*Gaþankōn (Pensée), substantif masculin, germanique occidental


vieil haut allemand : gidanc, vieux saxon : githanko, allemand : gedanke
vieil anglais : geþonc

Formation nominale avec préfixe collectif → *Ga- sur → *Þank(i)jan (penser).

 

*Gauka- (Coucou), substantif masculin, germanique commun

vieil haut allemand : gouh, vieux saxon : gōk, allemand : gauch
vieil anglais : gēac
vieux norrois : gaukr, danois : gøg, suédois : gök

On croit reconnaître dans ce terme le cri du coucou "guk" avec vocalisme néanmoins remarquable. Peut-être a t'on à faire à l'origine à une formation Vriddhi soulignant l'appartenance au terme d'origine "celui qui crie guk" ? Incertain.

 

*Geban (Donner), verbe fort, germanique commun

gotique : giban
vieil haut allemand : geban, vieux saxon : geban, allemand : geben
vieux frison : jeva, neerlandais : geven
vieil anglais : giefan, anglais : give
vieux norrois : gefa, suédois : giva, islandais : gefa

Verbe sans équivalent direct dans les autres groupes linguistiques. On rapproche néanmoins d'une racine *ghabh- (prendre, apporter, tenir). Cela ne doit pas surprendre car les racines pour "donner" et "prendre" sont souvent les mêmes. Pourrait donc être apparenté au latin habēre (français → avoir), au vieil irlandais gaibid (prend, saisi), au lituanien gabénti (faire avancer) et au vieux prussien gabać (attaquer, saisir).
Substantifs : → *Gefti- et → *Gebō- (don, cadeau).

 

*Gebō- (Don, cadeau), substantif féminin, germanique commun

gotique : giba
vieil haut allemand : geba
vieux frison : jeve
vieil anglais : gifu, gyfu, giefu
vieux norrois : gjǫf

Substantif basé sur le verbe → *Geban (donner). Concurrencé et éliminé par d'autres derivées de ce verbe, par exemple → *Gefti- ou gāba en vieil haut allemand (allemand moderne Gabe). *Gebō- est la septième lettre de l'alphabet futhark.
Voire → *Murgnagebō- (Cadeau de l'époux à l'épouse au lendemain de la nuit de noces).

 

*Gefti- (Don, cadeau), substantif féminin, germanique commun

gotique : -gifts
vieil haut allemand : gift, vieux saxon : gift, allemand : gift
vieux frison : jeft(e), néerlandais : gift, gif
vieux norrois : gift(a), suédois : gift

Substantif sur → *Geban (donner). Le sens de "poison" en néerlandais et allemand modernes est dû à une influence sémantique du latin dōs (pensez au français → dose).

 

*Gellan (Retentir, faire du bruit), verbe, germanique commun

vieil haut allemand : gellan, allemand : gellen
vieil anglais : gellan, gi(e)llan
vieux norrois : gella, gjalla

Probablement de même origine que → *Galan (chanter, invoquer).

 

*Gera- (Avide), adjectif, germanique commun
*Gīra- (Avide), adjectif, germanique continental

vieil haut allemand : ger, gir, allemand : gierig (refait sur un substantif)
vieux norrois : gerr

Ce terme est généralement considéré comme issu d'une racine indo-européenne *gher- (exiger, désirer) avec vocalisme long parfois expliqué par influence de termes issus de la racine indo-européenne *ghei- (ouvrir).
Voire → *Gerna- (désireux, avide), → *Gernjan- (désirer, convoiter) et → *Gīra-, *Gīrōn (vautour). En allemand le terme est à l'origine de différents substantifs : gier (avidité), neugier (curiosité), etc...
Le nom du loup Geri, compagnon d'Odin dans la mythologie nordique, signifie l'"avide".

 

*Gerna- (Avide, zélé), adjectif, germanique commun

gotique : faihugairns (cupide)
vieil haut allemand : gern(i), vieux saxon : gern, allemand : gern
néerlandais : gaarne
vieil anglais : georn
vieux norrois : gjarn, islandais : gjarn

Vraisemblablement d'une racine indo-européenne *gher- (vouloir obtenir, convoiter) que l'on retrouve dans le sanscrit háryati (a volontiers), le grec ancien chaírō (je me réjouie) ou le latin hortor (animer, encourager, → exhorter).
Un adverbe *Gernō- a existé depuis l'époque proto-germanique. L'allemand gern est d'ailleurs exclusivement un adverbe.
Formation verbale de même origine : → *Gernjan (désirer, convoiter). Termes apparentés → *Gera-, *Gīra- (avide) et → *Gīra-, *Gīrōn (vautour).

 

*Gernjan (Désirer, convoiter), verbe faible, germanique commun

gotique : gairnjan
vieil haut allemand : gerēn, gerōn, allemand : begehren
vieil anglais : giernan, geornan, gernan, anglais : yearn
vieux norrois : girna

Formation verbale basée sur → *Gerna- (avide, zélé).

 

*Gerstō- (Orge), substantif féminin, germanique continental

vieil haut allemand : gersta, vieux saxon : gersta, allemand : gerste

Le meilleur rapprochement en dehors du cadre germanique est celui qu'offre la comparaison avec le latin hordeum (français → orge). On remonte de là à un prototype *gherz-dō avec vocalisme en [o] ou degré zéro en latin. En remontant plus loin on peut éventuellement envisager un lien avec le grec ancien krithé et l'albanais drithë. Ceci demeure néanmoins très spéculatif.

 

*Gīnan (Bayer), verbe fort, germanique commun
*Gānjan (Bayer), verbe faible, germanique occidental
*Ginōn (Bayer), verbe faible, germanique continental

vieil haut allemand : ginēn, ginōn, vieux saxon : ginon, allemand : gähnen
néerlandais : geeuwenvieil anglais : gīnan, gānian
, anglais : yawn
vieux norrois : gína, suédois : gana

Formes verbales instables. Se compare avec le latin hiāre, le lituanien žióti (ouvrir, bayer) et le vieux slave zinǫti (bayer). Racine indo-européenne *ghei- (ouvrir)?

 

*Gīra- (Vautour), substantif masculin, germanique continental
*Gīrōn (Vautour), substantif masculin, germanique continental


vieil haut allemand : gīr, allemand : geier
neerlandais : gier

Originellement forme substantivitée de l'adjectif → *Gīra- (avide). Déjà dans les temps anciens le vautour était associé à une certaine "rapacité". A donner le français → gerfaut, par l'intermédiaire d'un vieux français gerfalcon, également à l'origine de l'anglais moderne gyrfalcon.

 

*Glōan (Être incandescent, rougeoyer), verbe, germanique commun

vieil haut allemand : gluoen, vieux saxon : glōian, allemand : glühen
neerlandais : gloeien
vieil anglais : glōwan, anglais : glow
vieux norrois : glóa, suédois : glöda, islandais : glóa

Il s'agissait originellement d'un verbe fort dont seul le vieil anglais a conservé la trace. Il a donné naissance à un substantif signifiant "braise" : → *Glōdi-. On retrouve en germanique toute une famille de mots commençant par [gl], associés à l'idée de lumière et sans réelle comparaison possible avec des termes hérités dans d'autres langues.

 

*Glōdi- (Braise), substantif féminin, germanique commun

vieil haut allemand : gluot, allemand : glut
vieux frison : glēd, neerlandais : gloed
vieil anglais : glēd, anglais (désué) : gleed
vieux norrois : glóđ, suédois : glöd, islandais : glóđ

Substantif féminin sur → *Glōan.

 

*Grasa- (Herbe), substantif neutre, germanique commun

gotique : gras
vieil haut allemand : gras, vieux saxon : gras, allemand : gras
neerlandais : gras
vieil anglais : græs, anglais : grass
vieux norrois : gras, suédois : gräs, islandais : gras

Origine incertaine. Très probablement de la même famille que le latin grāmen (de *grasmen, français → gramen, graminée). On rapproche aussi les termes grecs anciens gráō (je mange - animal), grástis, krástis (fourrage) et le sanscrit grásati (avale, mange - animal).

 

*Gumōn (Homme, être humain), substantif masculin, germanique commun

gotique : guma
vieil haut allemand : gumo, gomo
vieil anglais : guma
vieux norrois : gumi, islandais : gumi

De même origine que le latin homo (français → homme) ou le lituanien žmōgùs. Issu d'un mot indo-européen désignant la terre *ǵhdem- de *dhǵhom. Pensez au latin humus (sol, terre) ou au lituanien žemė (terre). L'être humain fut donc défini comme celui qui habitait la terre par opposition aux divinités.
Peut être apparenté à → *Manna- (homme, être humain). Second élément du composé → *Brūdigumōn (marié, époux).

 

*Gurdila- (Ceinture), substantif, germanique commun

vieil haut allemand : gurtil, allemand : gürtel
vieux frison : gerdel, neerlandais : gordel
vieil anglais : gyrdel, anglais : girdle
vieux norrois : gyrđill, suédois : gördel

De même origine que → *Gurdjan (entourer, ceindre).

 

*Gurdjan (Entourer, ceindre), verbe, germanique commun

vieil haut allemand : gurten, allemand : gürten
neerlandais : gorden
vieil anglais : gyrdan, anglais : gird
vieux norrois : gyrđa, suédois : gjorda, islandais : gyrđa

Verbe faible, on n'a aucune trace d'un verbe fort, malgré l'existence d'un gotique bigaurdans (ceinturé). Issu d'une racine *gherdh- (entourer) que l'on retrouve dans → *Garda-, *Gardōn. Voire également → *Gurdila (ceinture).