Peuples et linguistique germaniques antiques

Peuples et linguistique germaniques antiques
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La classification des Germains selon Tacite

Ils célèbrent en d'antiques poèmes - la seule forme de tradition et d'histoire qu'ils connaissent - le dieu Tuisto né de la terre et son fils Mannus ancêtre de leur nation; ils attribuent à Mannus trois fils, les fondateurs, dont les riverains de l'Océan ont pris leur nom d'Ingaevones, les peuples du centre celui d'Herminones, et les autres d'Istaevones. Certains, comme usant de cette licence qu'autorise l'éloignement dans le temps, prétendent que le dieu a eu plus d'enfants, et la nation plus de dénominations particulières. Marses, Gambriviens, Suèves, Vandiliens, ces noms étant authentiques et anciens. De toute façon, le nom de Germanie serait récent et en usage depuis peu, étant né de ce que ceux qui les premiers franchissant le Rhin ont chassé les Gaulois et s'appellent maintenant Tongres, se seraient alors appelés Germains; attaché à une peuplade et non pas à une nation, ce nom se serait ensuite imposé progressivement, au point que tous étaient appelés de ce nom nouveau de Germains, d'abord par les vainqueurs pour inspirer la crainte, ensuite, également, par eux-mêmes.
Source: Tacite - La Germanie

On voit qu'il fait la distinction entre 3 groupes principaux : Ingaevones, Herminones et Istaevones.


La classification des Germains selon Pline l'ancien

Il y a cinq races germaines : les Vandiles, auxquels appartiennent les Burgondes, les Warnes, les Charines et les Gutons. Les Ingaevones sont la seconde race avec une partie des Cimbres, les Teutons et les tribus des Chauques. La troisième race, la plus voisine du Rhin, est celle des Istaevones, auxquels appartiennent les Cimbres. La quatrième race dans l'intérieur des terres est celle des Hermiones au nombre desquels on compte les Suèves, les Hermondures, les Chattes et les Chérusques. La cinquième race est celle des Peucins à laquelle appartiennent également les Bastarnes.
Source: Pline l'Ancien - Histoire Naturelle

On voit qu'il fait la distinction entre 5 groupes principaux : Vandiles [Vandales], Ingaevones, Hermiones [Herminones], Istaevones et les Bastarnes (les Peucini étant un sous-groupe des Bastarnes).


 



Ingaevones

Selon toutes vraisemblances à rapprocher du nom de la divinité Ing, autre nom du dieu scandinave Freyr.

Pline l'ancien mentionne une première fois les Ingaevones en relation avec les côtes de la mer Baltique et la péninsule du Jutland dans ce passage de l'Histoire Naturelle:

On commence à avoir des renseignements un peu plus clairs à partir des Ingaevones, le premier peuple germain qu'on rencontre. De ce côté-là sont les monts Sevons, chaîne immense qui ne le cède pas à celle des monts Riphées, et qui forme jusqu'au promontoire des Cimbres un vaste golfe appelé Codan, et rempli d'îles; la plus renommée est la Scandinavie, dont la grandeur n'a pas été reconnue : la seule portion sur laquelle on ait des notions est occupée par la nation des Hillévions; elle habite en 500 bourgades, et elle appelle cette contrée un second monde.

A noter également que dans Beowulf le légendaire roi danois Hrothgar porte le titre de "seigneur des Ingwine"

Herminones

Le terme Herminones est rapproché du nom de divinité Irmin, épithète d'Odin ou de Tyr. Voire également *Ermana-, *Ermuna- dans le lexique.

Des Hermions sont cités par Pomponius Mela, aux alentours de 43 ap. J.C., comme vivant à l'extrêmité de la Germanie :

Au-dessus de l’Albis [Elbe] est le grand golfe Codan, semé d’îles grandes et petites: c’est pour cela que la mer qui baigne ces îles n’a nulle part beaucoup de largeur, et ressemble moins à une mer qu’à une multitude de rivières qui se croisent dans tous les sens et sortent de leur lit en plusieurs endroits. Près du rivage, cette mer, resserrée par des îles peu et presque partout également éloignées du continent, ne paraît être qu’un détroit, et, dans la courbe qu’elle décrit, présente la forme d’un long sourcil. Dans ce golfe sont les Cimbres et les Teutons, au delà desquels sont les Hermions, à l’extrémité de la Germanie.
Source : Pomponius Mela - De situ orbis libri III

Istaeovones

La signification du nom est incertaine. Peut être à rapprocher de *Aistan (craindre, révérer).

D'après Jacob Grimm, dans Deutsche Mythologie, la forme correcte serait Iscaevones. Il rapproche ensuite ce mot d'Ask parce que chez Nennius l'ancêtre des Istaeovones est nommé Escio ou Hisicio.
Ask et Embla sont dans la mythologie nordique les premiers hommes créés par Odin et ses frères. Notons que dans l'Origo Gentis Langobardorum, Paul Diacre cite deux rois mythiques des Vandales nommés Assi et Ambra (= Ask et Embra).


 



Si l'on retient l'hypothèse Ingaevones = Ing (divinité de la fertilité), Herminones = Tyr (divinité guerrière) et Istaeovones = Adorateurs, on peut alors envisager que cette partition de la société germanique n'est pas ethnique mais fonctionnelle: cultivateurs, guerriers et prêtres.

Basés sur les écrits de Pline l'ancien, de Tacite et sur les recherches archéologiques, il y a actuellement une thèse dominante - pas complétement acceptée par l'auteur de ce site - qui associe au Ier siècle ap. JC:

- Les Ingaevones aux Germains de la mer du nord: Frisons, Chauques, Angles, Jutes, etc...

- Les Herminones aux peuples Suèves: Warnes, Langobards, Quades, Marcomans, etc...

- Les Istaeovones aux Germains rhénans: Sicambres, Tenctères, Bructères, Chattes, etc...

Voir la carte correspondante (source : Wikipedia)