Peuples et linguistique germaniques antiques

Peuples et linguistique germaniques antiques

Ambrons (latin : Ambrones)

D'après Plutarque, les Ligures se nommaient eux-mêmes Ambrōnes, ce qui signifierait « peuple de l'eau ».

 

Cimbres (latin : Cimbri)

Hypothèse par [ ] (brigand).

Le rapprochement avec les Cimmériens (Kimmerioi en grec ancien), peuple iranien antique, est erroné. Ces derniers fondèrent un royaume entre -1 200 et -700 av. J.C. sur les pourtours des mers d'Azov et Noire. Vaincu par les Scythes, une partie de la population s'installa en Europe Centrale. Certains traditions chez les Germains et les Celtes en font par ailleurs des descendants des Cimmériens.

Le rapprochement avec le nom du Pays de Galle en langue celtique (Cymru) et avec la région du Cumberland (Cumbria) est également fortuit.

Les Cimbres sont également mentionnés chez Pomponius Mela, qui écrit aux alentours de 43 ap. J.C :

Au-dessus de l’Albis [Elbe] est le grand golfe Codan, semé d’îles grandes et petites: c’est pour cela que la mer qui baigne ces îles n’a nulle part beaucoup de largeur, et ressemble moins à une mer qu’à une multitude de rivières qui se croisent dans tous les sens et sortent de leur lit en plusieurs endroits. Près du rivage, cette mer, resserrée par des îles peu et presque partout également éloignées du continent, ne paraît être qu’un détroit, et, dans la courbe qu’elle décrit, présente la forme d’un long sourcil. Dans ce golfe sont les Cimbres et les Teutons, au delà desquels sont les Hermions, à l’extrémité de la Germanie.

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Strabon parlant des Cimbres au premier siècle ap. J.C.:

Parmi les femmes qui les accompagnent dans leurs expéditions guerrières, il y avait des prophétesses qui étaient également prêtresses, rendues grisonnantes par l'âge, en robes blanches recouvertes de manteaux du lin le plus fin et portant une ceinture de métal, mais sans souliers. Ces femmes s'avançaient dans le camp à la rencontre des prisonniers, épée en main, les couronnaient de guirlandes et les menaient à un chaudron de bronze d'une capacité de vingt mesures. L'une d'elles montait alors sur un escabeau et, penchée au-dessus du chaudron, tranchait la gorge du prisonnier que l'on avait hissé au-dessus du rebord du récipient. D'autres lui ouvraient le corps, examinaient ses entrailles et annonçaient une victoire à leurs compatriotes.
Rappelle fortement le chaudron de Gundestrup et le mythe de Kvasir.

Tacite parle également des Cimbres dans la Germanie. Il précise qu'ils ne sont plus désormais qu'un petit peuple, mais qu'ils jouissent d'une importante renommée. Ses descriptions suivant un ordre géographique, ils les placent lui-aussi au niveau du Jutland et du nord de l'Allemagne.

Avant de nous intéresser plus particulièrement à qui étaient les Cimbres et quelles étaient leurs origines, arrêtons-nous dans un premier temps sur l'évènement pour lequel les Cimbres sont connus. Ils auraient entrepris aux alentours de -120 av. J.C. une migration massive vers le sud, vraisemblablement en raison de la famine chronique qui régnait chez eux. On estime qu'ils auraient entre 60 000 et 80 000 avec femmes et enfants et auraient été accompagnés d'autres peuples : les Teutons et les Ambrons. Ils auraient mis plusieurs années à gagner des contrées plus méridionales, auraient commis sur leur passage de nombreuses déprédations et entraînés dans leur mouvement de nouvelles populations. Ils ont livré bataille aux Romains, qu'ils ont vaincu, en 113 av. J.C. en Norique. Ils gagnèrent ensuite la Gaule et l'Espagne. Les Teutons et les Ambrons se séparèrent par la suite des Cimbres et Marius vainquit ces derniers en 101 av. J.C. à la bataille de Verceil. D'après certaines sources de l'époque, femmes et enfants se seraient alors suicidés pour ne pas tomber aux mains des Romains. Selon d'autres témoignages, les vainqueurs auraient mis la main sur des quantités innombrables d'esclaves. Les Cimbres auraient alors disparu, excepté une petite population, installée du côté de la Belgique lors de leur descente vers le sud, qui donna avec des Teutons le peuple des Atuatuques.

Hormis le récit plus ou moins vague et énuméré brièvement ci-dessus de la migration qui les a mené jusqu'aux confins de l'Empire Romain, on ne possède que peu d'informations au sujet des Cimbres et leur origine constitue encore aujourd'hui un mystère. En particulier, on ne sait pas précisément s'ils étaient des Germains ou des Celtes. Voici les éléments qui plaident en faveur d'une origine celtique :

- Le nom "Cimbre".
Si l'hypothèse par [   ] (brigand) est vérifié.

- Le mot "morimaruse"

- Le nom des chefs des Cimbres
Le chef des Cimbres durant la migration de -120/101 av. J.C. répondait en effet au nom de Boiorix (littéralement : roi des Boiens). Rappelons que les Boiens étaient l'un des groupes celtes les plus importants. Les autres rois des Cimbres connus répondent également à des patronymes celtiques : Gaesorix (roi des Gaesatae, mercenaires celtes originaires des Alpes) et Lugus (probablement à rapprocher du dieu celte Lugh).
Cet argument peut paraître à première vue déterminant, mais est en réalité à prendre à prendre avec retenue. Il semble en effet que la langue celte ait encore fait à cette époque office de lingua franca dans le monde barbare de l'Europe du nord et de l'ouest. Ces noms celtes peuvent très bien refléter la traduction d'un nom étranger ou témoigner d'une situation de bilinguisme. Rappelons à ce propos la cas du roi suève Arioviste, chef d'une tribu à n'en pas douter germanique, mais dont le nom ne s'explique réellement que par la langue celte : *arios (en avance)et *vistu- (savoir, connaissance), "celui qui sait en avance", et au sujet duquel César précise dans la guerre des Gaules qu'il parlait le Gaulois. Précisons également qu'à cette époque les Romains ne pouvaient réellement communiquer avec les populations barbares qu'à travers des interprètes de langue celte.

- L'alliance helvète
Si nous n'avons aucune certitude concernant l'origine ethnique des Teutons et des Ambrons, nous savons en revanche que les Helvètes étaient des Celtes. Leur association avec Cimbres, Teutons et Ambrons peut en toute logique laisser supposer une certaine proximité ethnique.

D'autres élèments plaident en faveur d'une origine germanique :

- La région d'origine des Cimbres
Bien qu'on en ait pas la certitude absolue, les Cimbres auraient été originaires de la péninsule du Jutland, dans l'actuel Danemark. Une inscription posthume à la gloire d'Auguste mentionne une flotte romaine ayant passé le Rhin jusqu'au pays des Cimbres. Strabon mentionne également que les Cimbres existent toujours dans la "péninsule cimbrienne". D'après Ptolémée, ils vivraient à l’extrémité nord de la péninsule de Jutland. Un district porte d'ailleurs là-bas le nom de Himmerland (littéralement pays des Cimbres, anciennement Himbersysel). Or, à cette époque, le Danemark actuel est connu pour avoir abrité des populations germaniques. La limite d'extension nord des Celtes se situe à l'intérieur des terres en Allemagne. Notons néanmoins que le fameux chaudron de Gundestrup, chef d'oeuvre de l'art celtique, a été trouvé sur le territoire du Himmerland. Certains auteurs comme Taylor et Bergqvist pensent qu'il aurait bien été entre les mains des Cimbres, mais que ceux-ci l'aurait acquis lors de leur passage sur le Danube au moment de leur pérégrination jusque dans l'Empire Romain.

- Les auteurs latins ont parlé des Cimbres comme de "Germains"

- Pline l'ancien décrit les Cimbres comme l'une des composantes des Ingaevones ou des Istaevones.

Il existe des pierres votives à l'attention de Mercurius Cimbrius/Cimbrianus qui ont été trouvées à Heidelberg (1, 2), à Mittelberg (1, 2) et à Mayence (1, 2).

A noter également que le taureau aurait pu avoir une certaine symbolique pour ce peuple si l'on en croit le récit de la bataille de Verceil.

César écrit à propos des Atuatuques :

Eux-mêmes descendaient des Cimbres et des Teutons, qui, dans leur marche sur notre Province et l'Italie, avaient laissé sur la rive gauche du Rhin les convois qu'ils ne pouvaient emmener avec eux, avec six mille hommes d'entre eux pour les garder et les surveiller. Ceux-ci, après l'anéantissement de leur peuple, furent longtemps en guerre avec leurs voisins, tour à tour attaquant ou attaqués. Ils avaient enfin fait la paix, et d'un commun accord élu domicile en ces lieux.

 

Teutons (latin : Teutones)

Les Teutons sont également mentionnés chez Pomponius Mela, qui écrit aux alentours de 43 ap. J.C :

Au-dessus de l’Albis [Elbe] est le grand golfe Codan, semé d’îles grandes et petites: c’est pour cela que la mer qui baigne ces îles n’a nulle part beaucoup de largeur, et ressemble moins à une mer qu’à une multitude de rivières qui se croisent dans tous les sens et sortent de leur lit en plusieurs endroits. Près du rivage, cette mer, resserrée par des îles peu et presque partout également éloignées du continent, ne paraît être qu’un détroit, et, dans la courbe qu’elle décrit, présente la forme d’un long sourcil. Dans ce golfe sont les Cimbres et les Teutons, au delà desquels sont les Hermions, à l’extrémité de la Germanie.

Dans l'Histoire Naturelle, Pline l'ancien décrit les Teutons explicitement comme étant l'une des composantes des Ingaevones en compagnie des Cimbres et des Chauques.